vendredi 13 septembre 2013

Hyderabad


Texte établi avec des notes écrite le 2 août. 
Un des mausolées de la nécropole des Qutb-Shahi à Golkunda.
Hyderabad est une ville fabuleuse et pour plus d'une raison. Comme d'habitude, elle n'est pas sur les principaux guides touristiques et les rares touristes qu'on y croise viennent de la ville pas si éloignée de Bangalore. Pour notre part, elle se situait sur la route entre Calcutta et Chennai, et cela nous a suffit. Il s'agit d'une ville opulente et riche, qui a la croissance la plus forte de tout le sous-continent indien. Elle pourrait d'ailleurs finir par dépasser Bangalore -une ville complètement bouchée, saturée et défigurée par le béton- comme pôle technologique de l'Inde -car contrairement à cette dernière, elle existait bien avant que les anglais puis l'Union Indienne ne décide de la développer-, et elle abrite un cluster et la deuxième "silicon valley" d'Inde, "HighTech City". Hyderabad est de fait la vraie capitale culturelle et économique du Deccan. 

La ville est un creuset culturel, abritant une forte minorité musulmane (45% tout de même), mais aussi des jains et des chrétiens, en plus des incontournables hindous. Le paysage est d'ailleurs fortement marqué par l'Islam, et les temples modernes sont extrêmement récents et rares. 

La magnifique cathédrale de la ville. 

Le Nizam, l'empereur du Deccan, est omniprésent dans la ville et son souvenir est vif.


Le séjour y fut extrêmement plaisant, mais le fait que le touriste soit une espèce rare fait que rickshaws et taxis persistent à penser que celui-ci est un imbécile incapable de crier quand on le prend visiblement pour un crétin, par ailleurs, ils sont hargneux et ne comprennent pas que l'on puisse refuser de se faire arnaquer avec le sourire, et par conséquent, ils peuvent être extrêmement lourds, voire violents (verbalement). Pour ces raisons, on ne peut pas dire que le transport soit le moment le plus agréable d'une journée.

Un parfumeur (Shah Perfumes), fait des parfums sur mesure de très bonne qualité. En face du Charminar,  sur le trottoir en face du Shahran Hotel, Machli Kaman, Gulzar Houz (040- 66 20 11 22).


Ce bémol, qui peut vite devenir un problème conséquent dès que vous avez votre train dans moins d'une demi-heure, ne doit pas vous empêcher de voir cette perle enchâssée au cœur de l'Inde, qui, ayant eu l'avantage d'être située à la lisière des mondes persan et dravidien, du nord et du sud de l'Inde, a su se constituer comme synapse entre ces deux univers. La ville est appelée "ville des perles et de l'argent", et on trouve en effet de l'argent, des perles et des parfums dans toutes les rues des principaux bazars qui entourent le Charminar, où une foule compacte de femmes en burqa vient faire ses courses. 

Le Charminar, la mosquée suspendue, emblème de la ville.
Si la ville est si fortement marquée par l'Islam, c'est parce que sa fondation suit les invasions musulmanes de la fin du 15ème siècle dans le Deccan (voir mon article sur Bangalore et sur Hampi). Les musulmans qui envahissent ces territoires, les Qutb Shahi, fondent la ville d'Hyderabad puis la ville jumelle de Secunderabad et agissent en tant que gouverneurs pour le sultanat Bahmani. C'est une des raisons qui font que la langue de cette ville, pourtant enclavée dans une zone géographique où l'on parle le télugu, est le hindi. Les Qutb Shahi s'installent dans le magnifique fort de Golkonda et étendent leur empire sur le Deccan de manière considérable, en 1518, ils déclarent leur indépendance et fondent la dynastie des Qutb Shahi. En 1666, l'empereur Moghol Aurengzeb débarque et étend sa domination jusqu'au Deccan, annexant le royaume des Qutb Shahi et prenant possession du fort réputé imprenable de Golkonda. Il dépossède les Qutb Shahi et installe des gouverneurs. En 1724, l'un d'eux, Asaf Jahi Mir Qamaruddin Siddiqi, s'émancipe à son tour de son suzerain et fonde la dynastie des Nizams d'Hyderabad, qui régna jusqu'en 1948, date à laquelle l'Union Indienne annexa l'empire du Nizam, qui souhaitait acquérir l'indépendance de son État, lequel était le plus grand État princier de l'Empire des Indes, dont les empereurs étaient courtisés autant que craints par les Britanniques. Ambedkar, l'homme auquel l'Inde doit sa constitution, proposa d'ailleurs de faire d'Hyderabad sa seconde capitale après Delhi, en souvenir de sa grandeur, et pour apaiser les tensions nord-sud dans l'Inde contemporaine. 

Mecca Masjid, la grande mosquée.


Les tombes des Nizams d'Hyderabad, dans la Mecca Masjid. 
C'est la période des nizams qui aura marqué le plus fortement la ville. On retrouve leur trace dans le Charminar qui est la mosquée suspendue construite par un des souverains pour arrêter une épidémie de peste, dans la somptueuse mosquée, ou encore dans les différents palais. Le palais le plus célèbre abrite de nombreuses choses qui témoigne de l'importance de cette famille que personne n'a oublié dans la ville. 






Le trône.



Le véhicule de parade, avec ses fleurs de lys en argent. 


Plus à l'écart du centre se trouvent la citadelle de Golkunda, une vraie merveille, ainsi que la nécropole des Qutb Shahi dont les photos sont ci-dessous: 








Le fort de Golkunda est lui aussi une merveille absolument gigantesque. On appréciera l'ingéniosité dont le bâtiment est empreint: un système acoustique permet d'entendre chaque chuchotement dans chaque bâtiment, de même, le moindre bruit de pas à l'entrée est entendu au sommet du fort. 

Mohammed, le guide. 


Il faut faire la visite avec Mohammed, le guide le plus compétent, mais aussi le plus cher, dont le savoir encyclopédique sur chaque recoin de ce merveilleux fort lui vient de sa grand mère, ancienne employée du palais, qui est morte à 118 ans. 

La fameuse porte d'entrée. 

Vue du fort, de l'intérieur. 

Un des nombreux réservoirs d'eau du fort. 

Ce cachot taillé dans une grotte, abritant un petit temple d'Hanuman, a accueilli durant 12 ans un prince hindou qui avait construit sans la permission du Nizam un temple païen. 

Détail du sanctuaire d'Hanuman. 

Nous sommes ici près du sommet. 

Mosquée du Nizam. 

Le château a été construit mystérieusement, de haut en bas. 

Le gynécée, tout en bas du fort et son système acoustique qui permettait d'entendre les potins...



Dans les cryptes, 12000 chauve-souris... 

Notre étape à Hyderabad a été vraiment excellente et déroutante, là encore, nous ne pensions que nous arrêter quelques jours avant de nous rendre compte des merveilles que comportait la région. 

Pour ma part et pour achever les récits de mon voyage, il me reste à vous parler de Madurai, de Pondichéry, du train et de l'avion en Inde!


jeudi 22 août 2013

Chandernagore

La porte sud de la ville.
Je suis enfin de retour sur mon blog: la fin du séjour a été très speed comme on dit, avec des imprévus, des déplacements nombreux et le retour incitait à un peu de repos. Me voici donc de nouveau devant mon clavier, pour rassembler des souvenirs et vous parler de Chandernagore. Cela est un peu difficile parce qu'il n'en reste pas grand chose. Le lieu est plus propice à la nostalgie qu'à l'admiration.

Chandernagore cesse depuis la fin du XVIIIème siècle d'être un grandiose port de commerce pour devenir une petite ville endormie dans l'ombre de la grande Calcutta. La ville vit paisiblement et elle prend un petit aspect ville de province.

La ville elle même, rétrocédée avant l'heure -après référendum- a subi un traitement de la part des indiens qui n'y ont conservé que le "front de Gange" et les alentours. On est un peu triste de ce résultat et on comprend mieux les nombreux traités qui ont précédé la rétrocession de Pondichéry, pour éviter ce retour brutal - et les balafres architecturales -  dans l'Union Indienne. Depuis quelques temps, la France rénove quelques bâtiments de la ville.

La ville compte quelques curiosités, et une journée suffit largement pour faire le tour de la petite cité. En général, on commence par la visite du cimetière, qui est un lieu plein de mémoire en pleine rénovation qui donne un aperçu du passé de la ville.


La prochaine étape avant le front du Gange est la magnifique Église de la ville, où l'on retrouve le nom de Claude Martin, qui était ici un bienfaiteur.



Puis on descend sur le front du Gange où un kiosque a été offert à la ville par un de ses citoyens. Il donne sur une promenade agréable d'un kilomètre sur le Gange.



Le reste ne consiste qu'en une promenade le long du Gange, il ne reste que peu de choses en dehors du rivage, quelques écoles, quelques belles maisons. On sent que l'assimilation a été assez poussée, il n'y avait pas de place pour l'exploitation coloniale dans cette petite bourgade et d'ailleurs, les statues de nationalistes, de terroristes de l'indépendance (des gens qui tuaient arbitrairement tous les anglais qu'ils pouvaient croiser), et même celle de quelques alliés de l'axe comme Bose rappellent que nombreux étaient les opposants de la couronne qui venaient chercher refuge dans la langueur et la paresse de cette ville au calme. Les indiens avaient fini par l'appeler la cité de la liberté, tant les nationalistes avaient investi la ville et pouvaient écrire, penser et se rassembler en paix.

L'ancienne demeure du gouverneur fait office de musée de la présence française. On y trouve de beaux meubles qui rappellent la gloire d'antan, et les textes protocolaires qui montrent comment ce territoire a été repris sans concession aucune par les Indiens.




Le reste des photos ne sont que des souvenirs de notre passage sur les berges du Gange. Les indiens s'y promènent en toute insouciance, ayant réinvesti entièrement l'espace, semblant même se demander ce que je pouvais vouloir en prenant les beaux bâtiments en photo ; et seule une école possédant une petite section française rappelle que certains francophones se trouvent encore ici. Le lieu n'a pas grand chose à voir avec Pondichéry, où le souvenir français est encore bien présent.

La mairie.


Les terroristes en question étaient ces fous-furieux venus du Bengale anglais, et qui tiraient sur tous les blancs à vue. 

Commissariat. 


Palais de justice, ancienne résidence du gouverneur. Les Réunionnais s'y retrouveront.



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Villa, reconvertie en hôtel. 

Maison.

L'École Française. 

Le prochain article aura pour objet Hyderabad, la perle du Deccan (les perles sont les spécialités de la ville).