vendredi 28 juin 2013

Goa

Coincé entre le Karnataka et le Maharashtra, un petit territoire de 100 km par 50, Goa, vestige de l'Empire Portugais, qui fut annexé par l'Inde après une courte guerre en 1961. La semaine à Goa fut extrêmement enrichissante à tout point de vue (y compris culinaire!), surtout, c'est l'atmosphère générale de l'État qui m'a séduit: douceur, nonchalance que l'on attribuerait à des climats méditerranéens, calme même dans les "grandes villes" de cet État qui compte 1 200 000 habitants, identité particulière. Après deux semaines en Inde, cette semaine-là fut pour moi comme une pause bienvenue.

L'identité goannaise. 

Quiconque vient à Goa ne peut que remarquer un air particulier, fait de nonchalance, de calme, mais aussi de foi: bien que le développement du territoire ait attiré énormément d'indiens (si bien que les catholiques sont passés de groupe majoritaire à groupe ne représentant que 30% de la population; ce qui reste énorme car les chrétiens ne représentent que 2% du pays). Malgré cette diminution, les chrétiens restent le groupe dominant de l'État, en termes d'élite, mais également "par l'espace": tout l'espace est en effet marqué par le catholicisme (et les temples hindous sont très rares, sauf dans les endroits très touristiques en bord de mer): on le voit dans les rizières (des chapelles bénissent les récoltes), dans les bus (dont certains s'appellent Jésus), dans les innombrables églises, dans les échoppes, dans les multiples calvaires. C'est tellement vrai que l'on voit bien que l'Union Indienne essaye d'indianiser un peu plus cet espace, par exemple, il y a dans le vieux Goa un rond point avec un grand Gandhi qui défigure le paysage, mais qui rappelle où l'on est et sous quel drapeau l'on vit (vous remarquerez, si vous passez par Pondichéry, qu'un ignoble Gandhi -ignoble moins par la statue elle même que par la discontinuité qu'elle constitue- fait face au monument aux morts des deux guerres mondiales)... Cet omniprésence du catholicisme est encore plus vrai dans chaque village -où les hindous ne vont pas forcément habiter!- on remarque de suite que la vie du village est organisée autour de son église, sur laquelle tous les événements qui marquent la vie de ces campagnes figurent, les villages restent profondément chrétiens. De même vous verrez souvent des prêtres et des nonnes en blanc qui circulent dans les rues.

Autre élément qui fait le charme du territoire, son architecture coloniale, vous la trouverez un peu partout, mais surtout, dans les villages et dans le centre de Panjim qui est la capitale historique. Ailleurs, elle cohabite plus ou moins bien avec les bâtiments neufs. 

Enfin, on ne peut passer à côté de la cuisine, qui vaut le détour. Déjà, vous pourrez boire du vin local. Le blanc, du moment que vous le demandez Dry et non pas Sweet (imbuvable), se défend très bien; il y a aussi du Porto, mais ce n'est pas du Porto, uniquement un vin rouge sucré qui est très bon (encore une fois, demandez le Dry). Le Fenny, une liqueur de noix de cajou, vaut lui aussi le détour. Attention, il est extrêmement fort et quand on vous demandera si vous voulez un simple ou un double, prenez le simple et voyez si vous pouvez le supporter pur...
Concernant la nourriture, elle est le résultat d'un métissage entre les cultures indiennes, portugaises et les autres espaces de l'Empire Portugais (beaucoup de chinoiseries). Ne passez pas à côté du soportel (ça existe aussi au brésil) qui est un plat à base de chair et de foie de porc, que l'on arrose avec du vinaigre très épicé. Comme, en Inde, seuls les chrétiens et les très basses castes mangent du porc, on en trouve surtout dans les campagnes, ou dans les quartiers coloniaux. Le Xacuti est lui un plat à base de poulet et de noix de coco qui se défend très bien, le Cafréal est quand à lui un poulet mariné servi avec des pommes sautés (c'est un plat pas très épicé). Tous ces plats se préparent aussi avec des fruits de mer, et ce n'est vraiment pas mauvais. Il faut aussi goûter aux Chhats qu'on trouve partout, même dans les campagnes, ce sont ces nourritures de rue du nord (de Bombay en fait). Ils sont repris à la Goannaise, et les samossas au bœuf valent le détour. 

Velha Goa. 


Dans la jungle, à quelques kilomètres de Panjim, se cachent les ruines de Old-Goa. La vieille Goa, c'est la première colonie fondée par les Portugais à leur arrivée sur ces côtes. Conçue comme la "Rome de l'Orient", la ville compta à son apogée quelques 100 000 habitants (à l'époque, Paris en comptait 250 000). À partir du XVIIIème siècle néanmoins, les portugais furent dépassés dans la région par les français, les hollandais, et les anglais et s'amorça alors le déclin économique de la colonie. Par ailleurs, une vague d'épidémies de Choléra, de Dengue et de Malaria acheva d'en faire une ville inhospitalière. La pierre des habitations fut récupérée pour construire Panjim, "la Lisbonne d'Orient", et ne restèrent alors au milieu de la jungle que des Églises superbes et des couvents. Haut lieu de pélerinage mondial, la vieille Goa continue de rayonner par la vie religieuse, très animée!

Si vous êtes religieux, comptez au moins les 2/3 d'une journée pour faire l'ensemble des Églises, monter   vers Notre-Dame du Mont et admirer le panorama, visiter les ruines de Saint Augustin, témoins de la persécution anti-cléricale qui a eu lieu dans la seconde moitié du XIXème siècle au Portugal. Outre les grandes Églises très connues, vous trouverez plein de petites chapelles qui ont un charme propre. Il y a aussi l'arche du Vice-Roi, porte d'entrée principale de la ville à ses heures glorieuses.

NB: on peut demander une messe à la tombe de l'apôtre. Venir tôt le matin et demander au comptoir qui se trouve dans l'atrium...
La Basilique de l'Enfant-Jésus, le plus haut lieu de pèlerinage...
... Notamment parce qu'elle abrite la dépouille de St François-Xavier, miraculeusement conservée.

La Cathédrale Ste Catherine, la plus grande d'Asie. 

L'Arche du Vice Roi.

Vue de la ville dans la jungle depuis Notre-Dame-du-Mont (louez une moto pour y aller). 

La superbe église des Augustiniens a été détruite, mais c'est un lieu plein de poésie. 

Panjim.

Panjim, c'est la capitale historique de Goa (qui est un État de l'Union Indienne; Vasco de Gama est sa capitale administrative et Margaon, sa capitale économique et son nœud de transport). Panjim, c'est la Lisbonne de l'Orient construite sur un site plus propice que Old Goa. Avec ses vieilles bâtisses et ses vieilles rues, il y flotte un air calme et une certaine atmosphère qui n'est pas sans rappeler de la nonchalance que l'on prête d'ordinaire aux pays méditerranéens! On flâne dans les belles rues coloniales et on peut s'asseoir à la terrasse d'un café, un vin local à la main pour regarder la vie de la rue. Pour moi ça a été un vrai décalage avec l'Inde ordinaire, son foutoir et son bruit. Elle est la seule ville a posséder un centre entièrement historique, sans immeuble contemporain, elle vaut vraiment le détour. 

Notre-Dame de l'Immaculée Conception.

Une rue.

Les Campagnes (Chandor).

Si vous êtes autre chose qu'un touriste cherchant les plages et les boites de nuit, il vous faudra aller dans les villages de Goa. Quand j'étais à Delhi, un ami m'avait dit que l'âme de Goa était dans ses villages, où les gens parlent encore portugais, s'habillent comme dans les années 1950 et où on peut admirer de superbes villas coloniales dont les propriétaires (nobles à qui l'Union Indienne a confisqué leurs terres suite à l'annexion, conséquence de la guerre luso-indienne de 1961) vivent désormais (entre autres, beaucoup sont aussi les notable du Goa d'aujourd'hui, d'autres ont des affaires au Portugal) de la visite de leurs somptueuses demeures. Ces demeures ne vivent que des dons des visiteurs, soyez généreux car tout dépend de vous. L'État ne fait rien pour ces maisons et ces atmosphères qui rappellent le luxe de l'époque d'antan, ses rituels, sa vie. Si les familles sont ruinées, l'État leur rachète la maison. Au mieux, il les défigure en musées de l'oppression coloniale, au pire, il revend tout et les transforme en bâtiment administratifs obscurs qui tombent en ruine. Le Portugal n'a pour l'instant rien fait pour ces villas. Les propriétaires se sont unis et ont créé un label "Heritage Houses and Hotels" qui vous permettra de les retrouver un peu partout sur le territoire. 

J'ai choisi Chandor, à l'est de Margaon. Comme toujours pour ces escapades, rendez vous en bus dans une grosse ville, puis louez un scooter, c'est tellement mieux pour visiter des patelins pleins de charme sans regretter que le bus ne s'y arrête pas. Et puis, dans les campagnes de Goa, la route est bien entretenue et le trafic est sporadique... 
Chandor possède deux villas d'un charme incomparable, où il flotte une atmosphère qui rappelle la période portugaise. D'abord les Bragança, dont la maison fait face à l'église. La Casa Bragança appartient à deux branches d'une même famille, les Bragança Pereira et les Menenez Bragança. Ce sont deux frères qui, débarqués au début de l'aventure portugaise en Inde construisirent, une fois leur fortune faite dans l'agriculture, cette splendide demeure. Ils se fâchèrent par la suite et encore aujourd'hui, c'est la guerre ouverte! En visitant une partie de la maison, on a le droit au récit de tous les méfaits de l'autre partie. La partie la plus illustre de la maison est celle des Menezes Bragança, dont l'ancêtre était journaliste, porte parole du nationnalisme goannais, parlementaire et fervent opposant à Salazar. Son attachement au rattachement de Goa à l'Inde n'empêcha pas la spoliation des terres qui ruina ses descendants... Cette partie de la maison est superbement entretenue et les objets qui s'y trouvent sont exquis, les salles de bal et la salle à manger sont quant à elles grandioses. On y découvre des objets rares venus de tout l'empire colonial portugais, de Macao, de l'Angola, du Brésil, du Japon et de l'Empire Moghol également. La famille possédait d'énorme terres dans les environs et était immensément riche, on y voit tous les objets les plus rares et les plus chers d'Europe. Malheureusement, on ne peut pas y prendre des photos. Celle qui est dessous a été prise dans l'autre partie...

La salle de bal décrépie des Bragança Pereira, ce sont vos dons qui font vivre le passé de cette colonie. 
Autre maison de charme, à un kilomètre à droite quand on fait face à l'église (traversez les rizières, prendre à gauche, c'est la maison à 50 m de l'église sur la droite). On arrive à la dernière casa que j'ai pu visiter, la casa Fernandes. Ici, il s'agit d'une famille de Kshatryas (guerriers et propriétaires terriens) qui se sont convertis au Christianisme, et qui se sont ensuite métissés avec des colons. L'intérêt de la demeure, c'est que les fondations datent d'avant l'époque coloniale: de maison de guerriers de race princière, elle fut agrandie pour devenir la villa d'une des familles aristocratiques de la colonie, et ces deux parties cohabitent assez bien. 

Le salon des Fernandes. 
On ressort de cette visite un peu triste de voir que d'un si glorieux passé ne restent que des vestiges précaires, et un blason, sur le mur des Bragança, qui, s'il toise encore fièrement les passants et les véhicules, se ternit et se décolore peu à peu, jusqu'à montrer qu'il se fondra bientôt avec la pierre du mur, un peu comme le Guépard du blason des Salina dans l'œuvre de Lampedusa. Sans doute ne sont-ce là que les élucubrations d'un nostalgique (c'est simple, je n'ai jamais autant entendu le Vieux Château de Mussorgsky que lors de cette semaine). 

Les plages, la mer, un fort.


Les plages de Goa sont superbes! J'ai surtout été dans le nord, et en fait dans l'extrême nord où les plages ne sont pas ultra bondées. Mapusa est la ville où il faut descendre, ensuite, comme d'habitude pour explorer les plages et les villages: scooter.

Après une séance de bronzette je suis parti explorer les villages, et notamment Tiracol. Tiracol, c'est une enclave de Goa dans le Maharashtra, les portugais s'en servaient pour empêcher les marathes d'attaquer la colonie. Ils ont capturé un fort marathe qu'ils ont réaménagé (cf la cour centrale dans les photos). Il y a également un beau village. Pour s'y rendre, il faut prendre le ferry à Querim (gratuit pour les deux roues et les piétons). Puis gravir une colline. Après plusieurs bourgs pleins de charme, et une route pleine de souvenirs de l'époque portugaise, on arrive à la forteresse elle même. Le Fort possède un hôtel 4* et un restaurant très sympa avec vue sur la mer. 
Une stèle à la mémoire d'un portugais mort au fort.

Le fort a été construit par les Marathes. Cela se voit dans l'architecture. 


La cour centrale avec l'apport des Portugais (chapelle St Antoine de Padoue)

Vue depuis la terrasse du restaurant. 
Ma petite semaine à Goa a été une escapade à la fois enrichissante et reposante. Reposante parce que la vie y est douce et calme, loin du foutoir qui m'attend à Bombay... La ville conserve encore des souvenirs de son passé glorieux qui vivent dans l'architecture et dans l'ambiance dans les endroits choisis. Espérons que les hordes de touristes occidentaux venus pour les plages et les bars ne finissent pas par devenir les vecteur d'une culture à l'opposée de celle de la colonie!





dimanche 23 juin 2013

Hampi

Le char à Vithala Temple. 


Hampi est un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Il est situé à une dizaine de kilomètres de la petite ville d'Hospet (juste 300 000 habitants). Hampi était la capitale des rois de Vijayanagara (1336-1646) qui prit le relais de l'empire Chola et dont la capitale (Hampi, donc) comptait 500 000 habitants et était la deuxième ville du monde après Pékin. Les richesses prodigieuses de l'empire, ainsi que son hindouisme suscitèrent et la convoitise et la colère des sultans musulmans qui régnaient sur le reste de l'Inde. Ils s'allièrent, lancèrent le Jihad et l'emportèrent lors d'une terrible bataille dans le nord de la ville. Vijayanagara perdit pour la dernière fois, le roi et ses troupes se replièrent plus au sud et laissèrent la ville à l'abandon. Les musulmans pillèrent la ville et y mirent le feu. Seuls les bâtiments en pierre ont survécu. Le site fut oublié et ne fut redécouvert qu'à la fin du 19ème siècle lorsque des archéologues français et anglais entendirent des pèlerins hindous parler d'une immense ville en ruines à coté de leurs lieux de pèlerinage. Le site ne connut de renommée qu'après son classement par l'Unesco qui est l'œuvre de deux français qui voulaient faire connaître le site. La ville ayant compté 500 000 habitants, ces ruines s'étendent sur une surface assez énorme, essentiellement au sud du fleuve local. Visiter Hampi est vraiment une superbe expérience: il s'agit de trouver des ruines très bien conservées d'un autre temps, ce dans la jungle, dans les collines, dans les rizières et les champs de canne à sucre, dans les villages qui ont gardé quelque temple ou parmi les éboulis qu'on peut admirer sur tout le site. Le tout étant de se laisser imprégner par la magie des lieux, par l’inscription des bâtiments dans un paysage qu’en général personne n’aura vu s’il vient de nos latitudes: des gros éboulis couleur de sable, des paysage de jungle ou de savane qui s’alternent, le tout prenant une teinte magnifique sous l’effet du soleil. C’est vraiment un lieux sublime et propice à la rêverie, ce que ceux qui y ont été vous diront.

Je suis arrivé dimanche dernier et j’ai décidé de loger à Hospet même plutôt qu’à Hampi. D’une part parce que j’ai mon train pour Goa demain à 6 heures et que venir de Hampi est impossible, ensuite parce qu’à Hospet l’électricité est rarement coupée! Ce qui n’est pas le cas à Hampi. Vivre à Hampi épargne certes les quelques dizaines de minutes que l’on passe à rejoindre le site en bus, mais tous les services sont à Hospet. Hampi propose des guest-houses, certaines pas mal, mais assez onéreuses pour la qualité du service. De plus, il y a une armée de singes à Hampi et vendredi, tandis que je prenais une collation sur une des guest-houses (qui ont leur restaurant sur les toits), j’étais constamment protégé par le serveur qui faisait reculer les singes à coups de lance-pierres en me demandant de me dépêcher parce qu’il n’avait plus assez de projectiles...  J’ai donc opté pour l’hôtel Malligi qui est un grand hôtel près de la gare et de la gare routière, qui est cependant assez propre. L’hôtel propose des chambres «budget» pour 450 INR la nuit (qui sont très correctes et bien fournies) et aussi des chambres de luxe. L’intérêt de l’hôtel, c’est qu’une fois qu’on a pris même la plus simple des chambres, on a accès à tous les services exceptionnels d’un vrai hôtel de luxe: blanchisserie, service d’étage, trois restaurants (tous très bon), un bar, internet en wifi et en isoloir, des boutiques, une agence de voyages, une piscine et même un Spa qui propose des massages Ayurvediques assez sympas!
Lotus Mahal.

La découverte des lieux prend au moins 2 jours si on loue une moto ou un rickshaw (450 roupies par jour), 3 en vélo (tout est en pente) beaucoup plus si on veut explorer les lieux à pied. On peut aussi faire les deux, prendre un jour en moyen de transport motorisé pour visiter les sites éloignés, et prendre une journée à pied pour explorer le centre (attention, en général, les guides ne s’y connaissent pas! Par ailleurs, le site est bien plus beau lorsqu'il est visité en silence). Les principaux lieux sont marqués sur les guides touristiques, ce qui est important toutefois, c’est de bien faire attention à tous les petits trajets qui sont absolument magiques: on traverse des jungles, on escalade des collines ou des éboulis, on repère des ruines toujours spectaculaires, des inscriptions dans la roche, des restes de routes etc.

En prenant la route qui part du centre de Hampi et va vers l'est, puis en escaladant la colline, on finit par tomber sur le temple d'Atchutaya.


Depuis le sommet du temple d'Hanuman.
Les guides en général oublient de mentionner l’autre coté du fleuve, espace agricole vraiment majestueux ou on trouve aussi des marques de la vieille Hampi. Le mieux est alors de se rendre à Hanuman Temple, un haut lieu de pèlerinage pour les indiens, de monter au sommet en gravissant les centaines de marches et d’admirer un paysage à couper le souffle. On traverse en bac ou en pirogue. Préférez le bac, la rivière abritant des crocodiles!
Les marches qui vont au temple d'Hanuman, de l'autre côté du fleuve de Hampi.




samedi 22 juin 2013

Bangalore

Le 20 juin 2013.

Pour quiconque veut visiter le Karnataka, Bangalore sera surement une étape obligée. Je vais de Thanjâvur à Hampi et j’ai donc à faire un transit d’une journée dans cette ville. J’ai décidé de loger à l’hôtel Canopy (650INR chambre simple, 850INR avec AC) qui est un très bon hôtel tout neuf. Les chambres sont superbement décorées et pas kitch du tout, il propose en outre un très grand nombre de services et est situé à proximité immédiate de la gare «Bangalore city junction» qui est le principal point de départ des trains nationaux. Il est de plus situé au centre de la ville et à proximité immédiate des lieux importants. Dans une ville qui explose et où la circulation est toujours bouchée, c’est un avantage incontestable, d’autant plus que les rickshaws sont hors de prix (minimum 1 euro, scandale). La municipalité a décidé de construire un grand métro dont les chantiers sont visibles un peu partout, mais ça n’a pas l’air d’être pour tout de suite.
Une chambre simple à l'hôtel Canopy...


Le principal intérêt de Bangalore, c’est sa situation. À 1000 mètres de hauteur, il fait constamment frais et après avoir passé deux semaines à cuire dans le Tamil Nadu, ça ne peut faire que du bien. 

On surnomme Bangalore «la ville aux jardins», ce qu’elle était autrefois. Mais malgré deux magnifiques parcs, dont un construit par le souverain moghol et poursuit par les britanniques et un autre parc, issu quant à lui du colon, et qui sont deux visites obligatoires, il ne reste que peu de choses de cette verdure, tant la capitale du Karnataka pousse vite. Par ailleurs, s’il y a beaucoup de loisirs modernes (shopping malls, restaurants et boites de nuit), il n’y a que peu de lieux historiques et à part si on veut aller danser, je pense qu’une journée suffit largement pour découvrir la ville. Les habitants parlent le Canada, une langue dravidienne proche du tamoul, si bien qu’en parlant en tamoul, mon interlocuteur me comprenait et répondait dans sa langue que je comprenait également. En cas de difficulté, il me suffisait de passer à l’hindi que la majeure partie de la population entend. 

La capitale historique du Karnataka n’est pas Bangalore, mais Mysore, qui est quant à elle une cité chargée d’histoire; je regrette de ne pouvoir aller la voir, mais c’était ça ou Hampi...). Bangalore à ses débuts n’était qu’une citadelle de l’Empire Vijayanagar (dont la capitale était à Hampi, justement). La conquête moghole la transforme en résidence d’été du Sultan, qui règne depuis Mysore. De cette période, reste un palais que l’on peut encore visiter. Les sultans de Mysore, aidés par leurs alliés français et équipés de fusées  dont la tête était remplie de lame de rasoirs, repoussèrent les anglais durant deux guerres  à la fin du XVIIIème.
Le souverain avait une telle haine des anglais qu'il s'est fait offrir un orgue mécanique en forme de tigre (son emblème), mangeant un officier britannique. L'instrument joue son hymne national... 

 Leur empire était moderne et prospère. Ils finirent toutefois par céder aux britanniques qui convoitaient des terres fertiles. Ce sont ces anglais qui investissent massivement la ville, y installant des fonctionnaires, et y construisant des monuments. La République Indienne poursuit le projet anglais en faisant de la ville la capitale de l’État du Karnataka. Les guerres avec le Pakistan poussent l’Union Indienne à installer ses industries militaires à Bangalore, puis le développement et une politique de formation bien menée en fait la ville du High Tech, vitrine du développement à l’indienne mais aussi de ses problématiques (insuffisance des politiques d'infrastructure, pollution, migrations incontrôlées et explosion urbaine etc.). 


Intérieur du palais du sultan. 


J’ai visité ce matin le palais du Sultan qui est particulièrement beau, quoique modeste de taille (les anglais arrivèrent tout juste quand la première partie du monument fut achevée).




Le marché, à 500m, situé à proximité immédiate des restes du fort (également intéressants) offre l’occasion d’une immersion dans des petites ruelles qui sentent les épices. 



Puis ce fut Lal Bagh, le magnifique jardin botanique, un vrai régal et un havre de paix dans un pays essentiellement bruyant et chaotique. 






Je suis ensuite allé dans un shopping mall pour manger; et cela peut paraître stupide mais c’est toujours très instructif de voir la vie idéale à l’occidentale désirée par les classes moyennes supérieures indiennes. Par ailleurs, on y trouve de la viande de bonne qualité (qui ne rend pas malade) et après deux semaines végétaliennes,  c’était devenu pour moi un impératif catégorique. 

Après cela, il fallut voir Cubbon Park, l’autre parc, sympathique, entouré de monuments officiels issus des anglais ou de l’Inde de l’après indépendance, dont le kitchissime siège du gouvernement, avec l’impayable devise sur son fronton, d’autant plus drôle quand on connait un peu le pays... 





Je loupe juste la cathédrale de l’Enfant Jésus, qui paraît-il est magnifique. Mais il me faut dans l’immédiat recharger portable et batterie d’appareil photo, les sauvegarder, faire mes valises, manger et partir pour Hampi.    

mercredi 19 juin 2013

Thanjâvur



Le 19 juin 2013.

Je ne connaissais pas vraiment cette ville avant d’y mettre les pieds, tout au plus savais-je qu’elle était la capitale des Cholas (un glorieux empire terrestre et maritime qui a indianisé toute l'Asie du sud ouest) et celle de la musique classique.

Je n’ai pas été déçu, c’est sublime.

Je compléterais peut-être ce post dès que j’en saurais plus sur cette ville et sur son temple magnifique, mais d’ici là, je vous laisse des images. 
Outre le temple, il y a aussi l’ancien palais qui vaut le coup, surtout pour sa collection dart et de parchemins.

J’ai couché à l’hôtel Karthik qui est en face de la vieille station de bus, c’est proche des lieux de tourisme et des commerces, c’est pas cher (425 INR la nuit) et très correct (un peu spartiate quand même, mais c’est vraiment très bon d’un point de vue Indien!).

Je suis cependant déçu de ne pouvoir rester plus longtemps. Les environs regorgent de temples «vivants» classés au patrimoine mondial par l’UNESCO et d’autres restes de l’Empire Cholas et Vijayanagar. Le musée de la ville et sa collection d’art valent également le coup d’oeil. Enfin, pensez à manger de la cuisine «Chetinad», typique de la région si vous y passez. C’est un régal, un peu épicé tout de même.  





Une statue de géant soutient une gouttière par où sortent les liquides qui lavent les idoles et leur sont offerts  (eau, beurre, lait...)






Le train en Sleeper class



Le 18 juin 2013.

Jusqu’à présent mon expérience du train en Inde s’était limitée à la «Scnd Class Seating Class» étouffante et façon Inde caricaturale, avec des gens qui cuisinent par terre, des toilettes à éviter et des mendiants pathétiques; ou aux classes à air conditionné assez luxueuses sur les longs trajets d’où l’on sort malgré tout frigorifié. Malgré l’appréhension suscitée par ceux de mes amis qui en avaient une mauvaise expérience, je suis monté en classe Sleeper, la classe à couchettes sans AC. Ça a été pour moi une très belle surprise. D’abord anxieux à l’idée de grimper tel un singe sur la plus haute banquette située sur le coté du train (celle qui ne donne sur aucune fenêtre), j’ai vu toutes mes craintes s’envoler dès le départ du véhicule. D’une part les gens qui voyagent avec vous sont des familles de classes moyennes, désireuses d’en savoir plus sur vous et de vous aider, surtout (il y a alors sept paires d’yeux par compartiment pour veiller sur vos effets, voire vous réveiller à l’heure). D’autre part, avec la possibilité d’attacher à un point d’ancrage les bagages à l’aide d’une chaine et d’un cadenas achetés à la gare avant de partir, on se sent plus en sécurité. On m’avait fait tout un tas de rapport sur les odeurs (et en effet, dès lors qu’on enjambe un cours d’eau, on a la nausée un petit instant), mais je dois avouer qu’avec un wagon rempli à moitié de femmes indiennes arborant du jasmin dans les cheveux, j’ai passé une nuit bercé par les senteurs suaves et capiteuses que le vent, s’engouffrant par les fenêtres, transportait.

Concernant l’emplacement de la couchette, il semblerait bien que -parole d’indiens qui voyagent souvent- l’endroit qui m’a été attribué (le Side-Upper Coach) soit le meilleur. En effet, les autres banquettes donnent sur des fenêtres qu’on ne peut fermer. S’il pleut, tant pis pour vous. De plus, le vent vous frigorifie. Sur le Side Upper au contraire, on profite de l’aération sans avoir ni l’inondation, ni la congélation.

Pour finir, je savais que le train en Inde arrivait souvent en retard, mais pas qu’il pouvait arriver en avance. Je l’ai appris la nuit dernière, lorsque le couple d’octogénaires qui partageait mon compartiment est venu me réveiller une heure avant en me disant que s’était plus sûr. Et de fait, nous sommes arrivés à Thanjâvur une vingtaine de minutes après.