Coincé entre le Karnataka et le Maharashtra, un petit territoire de 100 km par 50, Goa, vestige de l'Empire Portugais, qui fut annexé par l'Inde après une courte guerre en 1961. La semaine à Goa fut extrêmement enrichissante à tout point de vue (y compris culinaire!), surtout, c'est l'atmosphère générale de l'État qui m'a séduit: douceur, nonchalance que l'on attribuerait à des climats méditerranéens, calme même dans les "grandes villes" de cet État qui compte 1 200 000 habitants, identité particulière. Après deux semaines en Inde, cette semaine-là fut pour moi comme une pause bienvenue.
L'identité goannaise.
Quiconque vient à Goa ne peut que remarquer un air particulier, fait de nonchalance, de calme, mais aussi de foi: bien que le développement du territoire ait attiré énormément d'indiens (si bien que les catholiques sont passés de groupe majoritaire à groupe ne représentant que 30% de la population; ce qui reste énorme car les chrétiens ne représentent que 2% du pays). Malgré cette diminution, les chrétiens restent le groupe dominant de l'État, en termes d'élite, mais également "par l'espace": tout l'espace est en effet marqué par le catholicisme (et les temples hindous sont très rares, sauf dans les endroits très touristiques en bord de mer): on le voit dans les rizières (des chapelles bénissent les récoltes), dans les bus (dont certains s'appellent Jésus), dans les innombrables églises, dans les échoppes, dans les multiples calvaires. C'est tellement vrai que l'on voit bien que l'Union Indienne essaye d'indianiser un peu plus cet espace, par exemple, il y a dans le vieux Goa un rond point avec un grand Gandhi qui défigure le paysage, mais qui rappelle où l'on est et sous quel drapeau l'on vit (vous remarquerez, si vous passez par Pondichéry, qu'un ignoble Gandhi -ignoble moins par la statue elle même que par la discontinuité qu'elle constitue- fait face au monument aux morts des deux guerres mondiales)... Cet omniprésence du catholicisme est encore plus vrai dans chaque village -où les hindous ne vont pas forcément habiter!- on remarque de suite que la vie du village est organisée autour de son église, sur laquelle tous les événements qui marquent la vie de ces campagnes figurent, les villages restent profondément chrétiens. De même vous verrez souvent des prêtres et des nonnes en blanc qui circulent dans les rues.
Autre élément qui fait le charme du territoire, son architecture coloniale, vous la trouverez un peu partout, mais surtout, dans les villages et dans le centre de Panjim qui est la capitale historique. Ailleurs, elle cohabite plus ou moins bien avec les bâtiments neufs.
Enfin, on ne peut passer à côté de la cuisine, qui vaut le détour. Déjà, vous pourrez boire du vin local. Le blanc, du moment que vous le demandez Dry et non pas Sweet (imbuvable), se défend très bien; il y a aussi du Porto, mais ce n'est pas du Porto, uniquement un vin rouge sucré qui est très bon (encore une fois, demandez le Dry). Le Fenny, une liqueur de noix de cajou, vaut lui aussi le détour. Attention, il est extrêmement fort et quand on vous demandera si vous voulez un simple ou un double, prenez le simple et voyez si vous pouvez le supporter pur...
Concernant la nourriture, elle est le résultat d'un métissage entre les cultures indiennes, portugaises et les autres espaces de l'Empire Portugais (beaucoup de chinoiseries). Ne passez pas à côté du soportel (ça existe aussi au brésil) qui est un plat à base de chair et de foie de porc, que l'on arrose avec du vinaigre très épicé. Comme, en Inde, seuls les chrétiens et les très basses castes mangent du porc, on en trouve surtout dans les campagnes, ou dans les quartiers coloniaux. Le Xacuti est lui un plat à base de poulet et de noix de coco qui se défend très bien, le Cafréal est quand à lui un poulet mariné servi avec des pommes sautés (c'est un plat pas très épicé). Tous ces plats se préparent aussi avec des fruits de mer, et ce n'est vraiment pas mauvais. Il faut aussi goûter aux Chhats qu'on trouve partout, même dans les campagnes, ce sont ces nourritures de rue du nord (de Bombay en fait). Ils sont repris à la Goannaise, et les samossas au bœuf valent le détour.
Velha Goa.
Dans la jungle, à quelques kilomètres de Panjim, se cachent les ruines de Old-Goa. La vieille Goa, c'est la première colonie fondée par les Portugais à leur arrivée sur ces côtes. Conçue comme la "Rome de l'Orient", la ville compta à son apogée quelques 100 000 habitants (à l'époque, Paris en comptait 250 000). À partir du XVIIIème siècle néanmoins, les portugais furent dépassés dans la région par les français, les hollandais, et les anglais et s'amorça alors le déclin économique de la colonie. Par ailleurs, une vague d'épidémies de Choléra, de Dengue et de Malaria acheva d'en faire une ville inhospitalière. La pierre des habitations fut récupérée pour construire Panjim, "la Lisbonne d'Orient", et ne restèrent alors au milieu de la jungle que des Églises superbes et des couvents. Haut lieu de pélerinage mondial, la vieille Goa continue de rayonner par la vie religieuse, très animée!
Si vous êtes religieux, comptez au moins les 2/3 d'une journée pour faire l'ensemble des Églises, monter vers Notre-Dame du Mont et admirer le panorama, visiter les ruines de Saint Augustin, témoins de la persécution anti-cléricale qui a eu lieu dans la seconde moitié du XIXème siècle au Portugal. Outre les grandes Églises très connues, vous trouverez plein de petites chapelles qui ont un charme propre. Il y a aussi l'arche du Vice-Roi, porte d'entrée principale de la ville à ses heures glorieuses.
NB: on peut demander une messe à la tombe de l'apôtre. Venir tôt le matin et demander au comptoir qui se trouve dans l'atrium...
NB: on peut demander une messe à la tombe de l'apôtre. Venir tôt le matin et demander au comptoir qui se trouve dans l'atrium...
| La Basilique de l'Enfant-Jésus, le plus haut lieu de pèlerinage... |
| ... Notamment parce qu'elle abrite la dépouille de St François-Xavier, miraculeusement conservée. |
| La Cathédrale Ste Catherine, la plus grande d'Asie. |
| L'Arche du Vice Roi. |
| Vue de la ville dans la jungle depuis Notre-Dame-du-Mont (louez une moto pour y aller). |
| La superbe église des Augustiniens a été détruite, mais c'est un lieu plein de poésie. |
Panjim.
Panjim, c'est la capitale historique de Goa (qui est un État de l'Union Indienne; Vasco de Gama est sa capitale administrative et Margaon, sa capitale économique et son nœud de transport). Panjim, c'est la Lisbonne de l'Orient construite sur un site plus propice que Old Goa. Avec ses vieilles bâtisses et ses vieilles rues, il y flotte un air calme et une certaine atmosphère qui n'est pas sans rappeler de la nonchalance que l'on prête d'ordinaire aux pays méditerranéens! On flâne dans les belles rues coloniales et on peut s'asseoir à la terrasse d'un café, un vin local à la main pour regarder la vie de la rue. Pour moi ça a été un vrai décalage avec l'Inde ordinaire, son foutoir et son bruit. Elle est la seule ville a posséder un centre entièrement historique, sans immeuble contemporain, elle vaut vraiment le détour.
| Notre-Dame de l'Immaculée Conception. |
| Une rue. |
Les Campagnes (Chandor).
Si vous êtes autre chose qu'un touriste cherchant les plages et les boites de nuit, il vous faudra aller dans les villages de Goa. Quand j'étais à Delhi, un ami m'avait dit que l'âme de Goa était dans ses villages, où les gens parlent encore portugais, s'habillent comme dans les années 1950 et où on peut admirer de superbes villas coloniales dont les propriétaires (nobles à qui l'Union Indienne a confisqué leurs terres suite à l'annexion, conséquence de la guerre luso-indienne de 1961) vivent désormais (entre autres, beaucoup sont aussi les notable du Goa d'aujourd'hui, d'autres ont des affaires au Portugal) de la visite de leurs somptueuses demeures. Ces demeures ne vivent que des dons des visiteurs, soyez généreux car tout dépend de vous. L'État ne fait rien pour ces maisons et ces atmosphères qui rappellent le luxe de l'époque d'antan, ses rituels, sa vie. Si les familles sont ruinées, l'État leur rachète la maison. Au mieux, il les défigure en musées de l'oppression coloniale, au pire, il revend tout et les transforme en bâtiment administratifs obscurs qui tombent en ruine. Le Portugal n'a pour l'instant rien fait pour ces villas. Les propriétaires se sont unis et ont créé un label "Heritage Houses and Hotels" qui vous permettra de les retrouver un peu partout sur le territoire.
J'ai choisi Chandor, à l'est de Margaon. Comme toujours pour ces escapades, rendez vous en bus dans une grosse ville, puis louez un scooter, c'est tellement mieux pour visiter des patelins pleins de charme sans regretter que le bus ne s'y arrête pas. Et puis, dans les campagnes de Goa, la route est bien entretenue et le trafic est sporadique...
Chandor possède deux villas d'un charme incomparable, où il flotte une atmosphère qui rappelle la période portugaise. D'abord les Bragança, dont la maison fait face à l'église. La Casa Bragança appartient à deux branches d'une même famille, les Bragança Pereira et les Menenez Bragança. Ce sont deux frères qui, débarqués au début de l'aventure portugaise en Inde construisirent, une fois leur fortune faite dans l'agriculture, cette splendide demeure. Ils se fâchèrent par la suite et encore aujourd'hui, c'est la guerre ouverte! En visitant une partie de la maison, on a le droit au récit de tous les méfaits de l'autre partie. La partie la plus illustre de la maison est celle des Menezes Bragança, dont l'ancêtre était journaliste, porte parole du nationnalisme goannais, parlementaire et fervent opposant à Salazar. Son attachement au rattachement de Goa à l'Inde n'empêcha pas la spoliation des terres qui ruina ses descendants... Cette partie de la maison est superbement entretenue et les objets qui s'y trouvent sont exquis, les salles de bal et la salle à manger sont quant à elles grandioses. On y découvre des objets rares venus de tout l'empire colonial portugais, de Macao, de l'Angola, du Brésil, du Japon et de l'Empire Moghol également. La famille possédait d'énorme terres dans les environs et était immensément riche, on y voit tous les objets les plus rares et les plus chers d'Europe. Malheureusement, on ne peut pas y prendre des photos. Celle qui est dessous a été prise dans l'autre partie...
| La salle de bal décrépie des Bragança Pereira, ce sont vos dons qui font vivre le passé de cette colonie. |
Autre maison de charme, à un kilomètre à droite quand on fait face à l'église (traversez les rizières, prendre à gauche, c'est la maison à 50 m de l'église sur la droite). On arrive à la dernière casa que j'ai pu visiter, la casa Fernandes. Ici, il s'agit d'une famille de Kshatryas (guerriers et propriétaires terriens) qui se sont convertis au Christianisme, et qui se sont ensuite métissés avec des colons. L'intérêt de la demeure, c'est que les fondations datent d'avant l'époque coloniale: de maison de guerriers de race princière, elle fut agrandie pour devenir la villa d'une des familles aristocratiques de la colonie, et ces deux parties cohabitent assez bien.
| Le salon des Fernandes. |
On ressort de cette visite un peu triste de voir que d'un si glorieux passé ne restent que des vestiges précaires, et un blason, sur le mur des Bragança, qui, s'il toise encore fièrement les passants et les véhicules, se ternit et se décolore peu à peu, jusqu'à montrer qu'il se fondra bientôt avec la pierre du mur, un peu comme le Guépard du blason des Salina dans l'œuvre de Lampedusa. Sans doute ne sont-ce là que les élucubrations d'un nostalgique (c'est simple, je n'ai jamais autant entendu le Vieux Château de Mussorgsky que lors de cette semaine).
Les plages, la mer, un fort.
Les plages de Goa sont superbes! J'ai surtout été dans le nord, et en fait dans l'extrême nord où les plages ne sont pas ultra bondées. Mapusa est la ville où il faut descendre, ensuite, comme d'habitude pour explorer les plages et les villages: scooter.
Après une séance de bronzette je suis parti explorer les villages, et notamment Tiracol. Tiracol, c'est une enclave de Goa dans le Maharashtra, les portugais s'en servaient pour empêcher les marathes d'attaquer la colonie. Ils ont capturé un fort marathe qu'ils ont réaménagé (cf la cour centrale dans les photos). Il y a également un beau village. Pour s'y rendre, il faut prendre le ferry à Querim (gratuit pour les deux roues et les piétons). Puis gravir une colline. Après plusieurs bourgs pleins de charme, et une route pleine de souvenirs de l'époque portugaise, on arrive à la forteresse elle même. Le Fort possède un hôtel 4* et un restaurant très sympa avec vue sur la mer.
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| Une stèle à la mémoire d'un portugais mort au fort. |
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| Le fort a été construit par les Marathes. Cela se voit dans l'architecture. |
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| La cour centrale avec l'apport des Portugais (chapelle St Antoine de Padoue) |
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| Vue depuis la terrasse du restaurant. |
Ma petite semaine à Goa a été une escapade à la fois enrichissante et reposante. Reposante parce que la vie y est douce et calme, loin du foutoir qui m'attend à Bombay... La ville conserve encore des souvenirs de son passé glorieux qui vivent dans l'architecture et dans l'ambiance dans les endroits choisis. Espérons que les hordes de touristes occidentaux venus pour les plages et les bars ne finissent pas par devenir les vecteur d'une culture à l'opposée de celle de la colonie!




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